blog proposé par Guy Barrier

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Guy Barrier, expert en communication non verbale - publications et activités: pointer la photo

jeudi 29 septembre 2011

interactions et intercompréhension, un congrès en Bretagne les 25 & 26 novembre 2011

Le congrès I.I.I. 2011 ( Intercompréhension - de l'Intraspécifique à l'Interspécifique ) organisé par l'Université Européenne de Bretagne, aura lieu les 25 & 26 novembre 2011. L’objectif de ce congrès est de réunir une communauté pluridisciplinaire autour des dimensions qui construisent l’intercompréhension dans son sens le plus large. Il s'agira notamment de la présence, du temps, du contexte, des rituels, de la redondance, de l’acceptable et du refusable… à travers : les postures, les mimiques, le vocal, les émotions… et cela autour des trois entités que sont l'homme, l'animal et la machine . Quatre conférenciers  seront  invités :  Xavier Boivin :  Chercheur en éthologie;  Eric Brangier : Chercheur en ergonomie et psychologie du travail, Jacques Cosnier : Professeur émérite en psychologie des communications - Université Lumière Lyon2, Grégory Sempo : Chargé de Recherche - Université libre de Bruxelles .

Parmi les thèmes abordés: Homme-Animal : comment communiquer? Communication, interactions et contextes, La relation, une réalité inscrite dans un temps et un espace,  Les interactions homme-machine .
plus d'informations: http://www-valoria.univ-ubs.fr/congres/iii2011/programme.shtml.fr

lundi 12 septembre 2011

Un logiciel pour remédier aux compétences non verbales des enfants autistes

Lorsqu’on évoque l’autisme on pense souvent  à une simple dégradation des compétences de communication verbales, mais la communication sociale est dégradée à d’autres niveaux : absence de  gestes symboliques , expression corporelle sans relief, et les enfants autistes ont des difficultés à reconnaître les émotions exprimées par le visage (hormis le fait qu’ils reconnaissent difficilement un visage voire même certaines scènes visuelles) . Il a été souvent remarqué que leur perception du visage était  meilleure sous forme de dessins animés que de visages réels. 

Des expériences en ce sens ont d’ailleurs été menées avec des avatars virtuels, qui éliminent  les détails visuels de visage non pertinents pour focaliser sur les signifiants . Avec des moyens moins sophistiqués et  mis à la disposition de tous les établissements,  le Dr Jim Tanaka,  a conçu un logiciel sous forme de modules de jeu interactif  destiné à aider les enfants autistes dans la reconnaissance des expressions du visage.
Le programme  Let's Face It , a été expérimenté avec des résultats encourageants , car au bout de 20 heures d’apprentissage les enfants avaient déjà validé des acquis pour reconnaitre des affects faciaux.  Exemple de stratégies: en découvrant une expression définie sur un personnage, l’enfant placé devant une webcam  doit reproduire cette même émotion faciale . Le logiciel de reconnaissance du visage exerce alors une action sur le personnage animé si le sujet a réussi . Parmi plusieurs directions de recherches complémentaires il est envisagé de comparer par imagerie cérébrale comment  les zones de contrôle de la reconnaissance émotionnelle (gyrus fusiforme) ont été activées par l’apprentissage.

On mentionnera également des études en amont de cette application, qui  ont montré que ces déficits de la compétence miroir  des autistes viennent également d’un problème de négligence perceptive (neglect) :  des analyses eye tracking montrent  que lorsqu’ils regardent un visage ils ont tendance à négliger la zone des yeux mais se réfèrent beaucoup plus à la bouche ce qui rend pénalise le dispositif de décodage  .

Quelques sources utiles:

jeudi 28 juillet 2011

Botox et reconnaissance des émotions: incompatibilités à plusieurs niveaux...

 Si le Botox a des vertus esthétiques pour les personnes désirant aplanir leurs rides , on ne lui connaissait pas jusqu'alors une  propriété secondaire, celle d’aplanir la reconnaissance des émotions d’autrui . Il semble que les personnes qui en reçoivent des injections musculaires de neurotoxine voient en effet diminuer leurs capacités empathiques  C'est ce que révèle une étude d'une neuropsychologue, T L Chartrand. On savait jusqu'à présent que les personnes botoxées  (certaines d’ailleurs pour des problèmes de tics nerveux , hyper-clignements des yeux) étaient difficiles à décrypter au niveau de leur expression émotionnelle. Ceci en raison de l'inhibition visible de segments musculaires frontaux, relaxation induite par le médicament. Mais le phénomène se double de leur propre difficulté à ressentir corporellement les affects qu’ils perçoivent visuellement.

Pour mener l'expérience il a été demandé à des sujets de sexe féminin de regarder des photographies de visages de personnages et de les  faire correspondre à des émotions humaines  (un test fréquemment utilisé dans le champ  de l'autisme). Les sujets qui avaient subi un traitement de Botox lors des deux précédentes semaines se sont avérés beaucoup moins précis dans la reconnaissance émotionnelle que  ceux du groupe contrôle  qui avaient été traités avec un autre médicament.

Ceci rejoint plutôt bien le paradigme de l’embodiment
ou  “cognition incarnée” , qui défend que la façon dont nous pensons est ancrée dans notre corps : pour comprendre les émotions des autres nous devons en faire l'expérience  nous-mêmes  (cf. également l'analyseur corporel, Cosnier) . 

Il a été montré qu’en percevant une expression de douleur d’un tiers, un effet miroir se produit et nous manifestons en retour une micro-expression à un niveau très subtil, mais qui peut être plus explicite et visible selon notre sensibilité empathique. Cette contraction mimétique de la musculature faciale adresse alors vers notre cerveau un signal typique du ressenti qui nous fait ressentir l’émotion d’autrui. Avec le Botox les muscles faciaux sont comme endormis ce qui déconnecte donc les micro-réactions en miroir . Les signaux relatifs ne peuvent alors être adressés vers les modules de reconnaissance du cerveau et le sujet botoxé risque de ne comprendre  l'émotion qui lui fait face... 

Un chercheur de ce même  laboratoire a d’ailleurs commencé à étudier les conséquences sociales de ce disfonctionnement dans les relations conjugales , il envisage également les incidences cet ‘artefact’ sur la détection du mensonge.


jeudi 9 juin 2011

Les gestes des politiques à l'écran

Rien ne passionne davantage que les lapsus des hommes politiques ou à l'inverse leurs coups d'éclat grandiloquents permettant de renvoyer l'adversaire dans les cordes. Solidement ancré dans l'hégémonie actuelle du visuel, le média télévisuel suscite une balance d'attention entre le fond et la forme autrement dit schématiquement entre le verbal et le non verbal. « Priorité aux images », comme l'indiquaient hier les présentateurs des chaines télévisuelles au fil de l’audience DSK,  tandis qu’ils interrompaient ex abrupto les analyses d'experts dont les discours ne servaient qu'à meubler l'attente de scoops visuels .

Les débats politiques , séances de questions à l’assemblée nationale et joutes interlocutoires servent deux appétences, l’une de comprendre des échanges de mots  , l’autre d’observer des corps en lutte, dans l’attente de quelques coups bas ou reprises de volées.   Les gestes intriguent car l’opinion n’en soupçonne pas forcément les fonctions paralinguistiques mais entrevoit surtout  le non dit (sens caché, mensonge ? cryptage ? subliminal ? manipulation ?) . Et puisque , somme toute, ces politiciens semblent tous employer les mêmes mots , alors la seule chose qui semble les différencier serait plutôt leur style expressif,  leurs coups de gueule, phrases assassines, pirouettes rhétoriques et autres habiletés communicationnelles dont chacun aimerait être armé pour vivre mieux sa relation à un monde hostile  . 

Dans ce contexte,  l'émission « Déshabillons-les » (on pardonnera au réalisateur l’insoutenable légèreté lexicale )  propose de démêler le fond et la forme en analysant à sa manière postures discours, et valeurs  . Une des plus édifiantes de ces productions est celle intitulée les « Gestes des politiques » (à revisionner grâce au lien précédent ou sur le site de public Sénat sur lequel sont archivées toutes les émissions).

lundi 6 juin 2011

l'espace gestuel discuté à Copenhague (14-16 juin)

La troisième conférence de Scandinavian Association for Language and Cognition aura lieu du 14 au 15 juin 2011 à Copenhague, avec de nombreuses contributions consacrées aux recherches sur le geste. Celles-ci auront trait aux thèmes suivants:

- la fonction de l'espace gestuel et de ses trois dimensions comme métaphore et illustration de la pensée, avec diverses études pouvant être inspirées des théories de Mc Neill
- la codification de l'espace gestuel et de son amplitude dans des séquences d’enseignement de langue étrangère faisant appel au co-verbal (avec notamment Marion Tellier)
-  expérience par la méthode des juges sur les significations attribuées à des classes de gestes non co-verbaux, en fonction de leur structure dans la chaîne corporelle et manuelle-digitale : une nouvelle contribution aux recherches sur l'iconicité gestuelle qui semble novatrice car elle met en oeuvre le formalisme bien connu des études en langue des signes, mais s'applique ici à des locuteurs entendants  (un travail de Dominique Boutet)
- expérience de mesure par EEG sur le traitement multimodal par le cerveau de séquences verbales dans lesquelles varie l'expression faciale et la prosodie vocale (le cerveau traitant en priorité l’information visuelle pour la comparer à l'information acoustique émotionnelle).

en savoir plus: http://salc3.ku.dk/about/

lundi 2 mai 2011

autour de l'anthropologie du geste de Marcel Jousse , un colloque à Lyon

Jacques Cosnier nous fait part de ce colloque à venir  à l'université de Lyon, du 28 SEPTEMBRE au 1er OCTOBRE 2011 et qui marquera une rencontre singulière entre chercheurs, praticiens et artistes autour de l’anthropologie linguistique de Marcel Jousse:  http://rhuthmos.eu/spip.php?article261
Les thématiques concernées sont les suivantes: 
AXE I : Marcel Jousse, son contexte et la portée historique de ses travaux
AXE II : Méthodologie, terminologie, fondamentaux. Exégèse du corpus
AXE III : Confrontation avec des approches analogues
AXE IV : Regards de praticiens concernés par l’approche de Jousse
DOMAINES DISCIPLINAIRES CONCERNES (liste non exhaustive) :
anthropologie — arts du corps (théâtre, chant, danse, arts plastiques, cirque ...) —
cinéma — civilisations anciennes — didactique de la grammaire et du texte —
didactique des langues maternelle et étrangères — épistémologie — ergonomie —
ethnopédagogie — histoire de l'éducation et des pratiques pédagogiques — histoire des
idées — histoire des sciences — lettres classiques — linguistique générale et
phonétique — littérature — littérature comparée — mathématiques — mémorisation
textuelle — musicologie — neurologie , audio-phonologie, aphasiologie, neuropsychologie
— philosophie – physiologie de la perception — psychologie cognitive —
psychologie du développement – rhétorique — sciences de l’éducation – sciences de
l’information et de la communication – sciences et techniques des activités physiques et
sportives — sémiotique, etc.

jeudi 7 avril 2011

Atelier international sur le traitement de la voix et la parole dans les interactions sociales

Klaus Scherer dont il est question dans l'article ci-dessous, sera le principal conférencier à Avincia (18 avril et 19 avril 2011) d'un workshop dont l'argument est le suivant. "La voix et la parole jouent un rôle fondamental dans les interactions sociales, mais ils ont été relativement négligés, au moins dans les dernières années, par rapport à d'autres aspects des échanges sociaux, tels que, par exemple, les expressions du visage ou des gestes. En outre, la recherche sur la voix et la parole a été réalisée avec des méthodologies différentes et des objectifs dans des domaines différents, mais peu d'efforts ont permis d' identifier les questions de recherche communes, d'intégrer les résultats produits dans les différentes communautés ou tout simplement de diffuser des sensibilisations sur les multiples facettes du problème. L'objectif de cet atelier est de combler cette lacune en rassemblant les chercheurs de différentes communautés, en particulier les neurosciences, la psychologie et l'informatique, de partager les dernières découvertes sur les aspects sociaux de la voix et la parole et d'identifier les questions les plus importantes encore ouvertes dans le domaine ".


texte intégral de l'appel: http://sspnet.eu/2011/01/vspsi/

Le bagage, l'aéroport et le psychologue


Klaus Scherer est connu comme un des meilleurs spécialistes des composants émotionnelles de la voix. Une de ses études collectives , moins connues , a essayé de comprendre ce qui se passe dans la tête de voyageurs ayant perdu leur bagage à l’aéroport. 
http://www.affective-sciences.org/system/files/2000_Scherer_PSPB.pdf
Avec la complicité du personnel , un système de caméra caché sur un chariot à bagages (condition 1 du film)  était prêt à être déclenché à chaque perte de valise et permettait de filmer le visage et le buste des personnes . Puis dans l’attente des passagers sinistrés  , une autre caméra était dissimulée dans le bureau de réclamation , ce qui permit de filmer (condition 2) plus de 100 passagers , consentants a posteriori mais initialement filmés à leur insu  . Ces derniers étaient principalement européens, d’autres asiatiques (l’effectif ne permet pas aux auteurs de segmenter pour observer éventuellement des différences liées aux normes culturelles ).

Lors de chaque incident, un questionnaire oral était soumis par un enquêteur au cours de la plainte de la victime: quel type de voyage il effectuait, son estimation du préjudice moral subi, son sentiment sur l’efficacité du personnel et du service de  réclamation. Les  sentiment subjectifs ont été mesurés avant et après avoir interagi avec l'agent. Les questions étaient centrées sur deux dimensions:
 "Comment avez-vous ressenti lorsque vous avez réalisé que vos bagages ne vous seraient probablement pas rendus ? » (condition 1 )  et « Comment vous sentez-vous maintenant?   (condition 2)
Les auto-évaluations étaient notées sur les items suivants : en colère, irrité, démissionne,  triste, inquiet indifférent. Les agents de réclamations ont également évalué les émotions des passagers dans les deux  conditions . L’enregistrement vidéo permettait d’analyser  le visage et la partie supérieure du corps supérieur de chaque passager.  Pour analyser les affects de la voix , le signal de parole était soumis à un filtre passe-bas , dispositif qui masque  le contenu verbal pour fournir aux juges –expérimentateurs uniquement les indices paralinguistiques . Dans un autre sous-test, les juges (étudiants en psychologie) disposaient des deux informations , verbale et non verbale. Egalement dans une autre phase, ces juges devaient coder les expressions faciales à partir du FACS d’Ekman , en s’intéressait notamment aux « vrais sourires » et « sourires polis » ou de façade .

Les résultats de cette étude illustrent l’hypothèse d’autocontrôle social des émotions émise par les auteurs . En effet les  évaluations subjectives que portaient les voyageurs sur leurs propres affects tendaient à minimiser la charge émotionnelle , ainsi que le suggèrent  les oppositions entre 
-les auto-évaluations des sujets d'une part,
- les critères notés par les juges (vidéo et analyse vocale) sur la base d’une concordance inter-jugements et multimodale qui plaide empiriquement en faveur de l’identification correcte des émotions objectives.  


On pense évidemment ici à ce que Goffman a  écrit à propos de la  préservation des faces . Notamment dans " Les rites d’interaction  " il illustre de quelle manière l'individu  touché  par les faits peut chercher à communiquer (plutôt qu'à informer ) sur son état intérieur, pour produire  une impression adéquate sur l'environnement . Impression qui a son contraire dans l'expression , celle-ci lui permettant par un simulacre qui relève de la figuration, de  contrôler autrui ou faire impression sur son public, en tous cas de « faire bonne figure ». Le mobile n'est pas seulement de tenir des règles de considération pour  soi-même, mais pour l’interlocuteur. C'est un petit peu ce qu'on éprouve au quotidien lorsqu'on doit répondre positivement au  "comment allez vous ?" dont  l'intentionnalité  nous est d'autant plus perceptible lorsque précisément, le moral est en berne.  

mardi 8 mars 2011

L'empathie au prochain colloque de Cerizy , une belle rencontre interdisciplinaire en perspective


Le prochain colloque de Cerizy aura lieu sur un thème du plus grand intérêt pour l’analyse des émotions et du geste puisqu’il s’agit de l’empathie, avec la participation notamment de Jacques Cosnier, Jean Decety , Nicolas Georgieff , Serge Tisseron et d'autres contributeurs en neurosciences, psychanalyse, philosophie, psychologie... Voici l’argument de ce colloque :

La notion d’empathie suscite un intérêt renouvelé du fait des questions qu’elle pose au carrefour de la philosophie, des neurosciences, de la psychologie cognitive et de la psychanalyse.Définie comme la capacité de se mettre à la place de l’autre, elle est devenue l’un des paradigmes du débat sur la place de l’esprit dans son rapport au corps, à l’interface de la philosophie et des neurosciences. Ce que l’empathie incarne au-delà, c’est l’ambiguïté même de la notion d’esprit. S’agit-il de l’esprit de la psychologie cognitive (celui qui intervient dans la reconnaissance de la différence et du commun entre soi et l’autre ; ce qu’on nomme la théorie de l’esprit pour désigner le mouvement cognitif qui nous permet d’attribuer des états mentaux à autrui) ou s’agit-il plutôt de celui de la psychanalyse (celui qui se caractérise surtout par la place qu’il donne à l’affect et aux fantasmes dans la construction de soi et de l’autre, et dans les relations entre eux).
L’empathie se révèle notamment dans les activités qui visent à la reconnaissance et au soulagement de la souffrance de l’autre, tant dans l’empathie miroir (celle qui vise essentiellement à reconnaitre chez l’autre une souffrance psychique qu’il ressent ou qu’il a parfois du mal à appréhender lui-même), que dans l’empathie "interprétative ou métaphorique" (celle qui vise surtout à donner sens narratif à ce que l’autre dit ou montre éventuellement à son insu).
C’est aussi l’empathie qui est en cause dans l’intime conviction du juge, l’empathie sociale qui fait communauté, celle qui permet la transmission des valeurs au sein d’un groupe ou d’une société, les formes que celles-ci donnent au "nous" ; enfin c’est elle aussi qui est mise en jeu dans ce qui vise à influencer les individus ou les collectifs qu’ils constituent, du marché au politique en passant par la séduction amoureuse. 
L’empathie pose en tout cas une question commune: qu’est ce qui au juste se transmet entre le sujet empathique et celui avec lequel il emphatise? Et comment?
La découverte des neurones miroirs  et les travaux subséquents ont ouvert une nouvelle voie dans la recherche d’une explication au "fossé de la transmission" entre l’un et l’autre.
Créée pour rendre compte du plus ineffable, l’empathie offrirait-elle une nouvelle voie pour comprendre la complexité de l’humain à partir de l’exploitation cognitive et psychique de "ce qu’il y a là": la mécanique cérébrale et la neurophysiologie neuronale.

samedi 29 janvier 2011

Science et Vie Junior, dossier sur la CNV et la synergologie

Science et Vie Junior publiait ce mois-ci un dossier sur le thème « décodez le langage du corps » avec une enquête sur la synergologie. Ayant été contacté pour répondre à quelques questions sur ce thème  il m’a semblé intéressant de restituer le transcript de cette interview , celle-ci ayant été reflétée de manière très elliptique dans la revue .  Les points de vue suivants n’engagent que moi  (autres avis de gestualistes bienvenus)

- comment expliquez-vous l'engouement pour la recherche sur les gestes et la recherche sur la signification cachée de nos gestes?

Le non-verbal est un peu à la parole, ce que les interfaces interactives sont à l'écriture: des codes plus visuels, plus iconiques, plus en mouvement  , plus rapides, plus intuitifs,  plus émotionnels,  mais en même temps  encore plus ambigus que les mots .  On apprend à l'élève à former un imparfait du subjonctif (qu'il n'utilisera guère dans son CV ou en entretien) mais il est rare qu’il puisse se voir un jour en classe en vidéo, en train de communiquer . Conséquence : la CNV n'étant pas enseignée elle apparaît  comme un code emblématique qui  devrait donc nous livrer ses secrets.  Succès prévisible pour une  série comme " Lie to me " qui se nourrit d'un postulat : les mots peuvent être falsifiés et cacher des intentions, alors que le geste lui, ne trompe pas . A partir de là, les règles d'or de la  communication seraient tracées . 

 -   la recherche académique sur les gestes : comment la différenciez-vous de l'approche de P. Turchet ?
 La synergologie  s'intéresse surtout à la dimension inconsciente des gestes , donc  privilégie  les "extra-communicatifs" (par ex: se pincer le nez, cligner des yeux ) et évoque très rarement les gestes co-verbaux  (référentiels, iconiques, prosodiques, déictiques, synchronisateurs...). Bien sûr ,il y a l’inconscient qui parle, avec ses lapsus corporels. Mais  le geste sert aussi à ponctuer et illustrer la parole . Pointer du doigt, accentuer un mot , mimer une trajectoire , tracer en l’air des proportions, illustrer des objets du discours ou des concepts abstraits, sont des gestes qui peuvent désambiguiser le message verbal (lequel qui fait partie du  contexte d’interlocution , terme assez peu prisé en synergologie).

Autre différence, contrairement aux formations à la CNV , les recherches actuelles cherchent moins à “ décoder  le langage corporel ” qu’à  élucider la triangulation : pensée-geste-parole.  Mais elles ne se limitent pas à  la cognition , exemple les recherches sur les émotions , l’expression faciale , la voix  . En tous cas il faut être prudent avec les typologies interprétatives basées sur l’exemple (fut-il illustré par une photo très parlante) .  Si les expressions faciales peuvent être assignées à un code , largement validé, les gestes ne sont pas interprétables selon des cartographies symboliques.  Hormis dans les cas où l’iconicité est avérée (ex.  langue des signes) , développer un dictionnaire systématique des gestes s’avère imprudent.

- sait-on un peu mieux la part accordé au verbal e au co-verbal/para-verbal dans la communication inter-humaine?

Merci pour cette question,  car une légende continue de colporter que  la CNV représente 93% du sens et les mots 7%. A la base de cette extrapolation  A. Merhabian, qui écrivait que le récepteur d’une message parlé , éprouve   7% d’intérêt pour les mots , 38% pour l’intonation vocale et 55% pour l’expression faciale. Ce pourcentage « viral » a été cité des milliers de fois. On oublie de dire que l'auteur a relativisé ses propres chiffres : son expérience concernait seulement des situations à tonalité affective et sans sujets masculins, menées en 1967, avec du matériel rudimentaire,. Aujourd'hui on a des moyens techniques plus fidèles de savoir ce qui est perçu par les « récepteurs » et 7% pour les mots ne résiste pas un instant à l’analyse.

- les détracteurs de la synergologie estiment qu'il ne s'agit pas d'une approche scientifique , qu’en pensez vous ?  

Scientifique, empirique ? ce serait plutôt à des épistémologues de le dire en fonction des méthodes inductives constatées . J’objecterais simplement pour ma part qu’en théorie de l’information, un indice n’a pas la même valeur qu’un signal . L’indice a besoin  d’un contexte pour produire une hypothèse de sens , alors que le signal entretien une correspondance directe avec le code. Or, on a le sentiment que tout est pris pour signal dans la théorie synergologique . Les synergologues devraient rendre plus visible le corpus sur lequel ils ont élaboré leur théorie et leurs méthodes d'évaluation .  Les recherches « académiques » en laboratoire supposent des confrontations constantes entre résultats , publiés dans des revues avec calculs à l’appui , sous condition de recevabilité par des comités d’experts extérieurs au labo de l’auteur . Mais peut -être est-ce le signe d’une tendance nouvelle, une synergologue a soutenu une thèse à l'Université de Lausanne, il serait intéressant qu'elle soit publiée .
- Que pensez-vous de la manière dont la synergologie appuie ses théories sur des études de neuro-imagerie (cerveau droit/gauche/cerveau reptilien etc) ?

Prisées par la synergologie, la  théorie du cerveau tri-unique de Mc Lean et la spécialisation des hémisphères  de  Sperry (à la base de grandes découvertes cliniques ) ont rapidement séduit le monde de la communication  et du marketing car elles permettaient une compréhension synthétique des compétences cérébrales (cf. Herrmann)  . Tout est affaire d’exégèse :  le risque est d’extrapoler ces découvertes en cartographies corporelles , et  de construire une table de correspondances  rattachant tout segment corporel expressif à une compétence « controlatérale » du cerveau.

- Avez-vous des points précis sur lesquels vous n'êtes pas d'accord?

 Un exemple : la synergologie privilégie les gestes innés, avec une réticence à examiner les gestes qui varient d'une culture à l'autre, incorporés par mimétisme . Quelle proportion d’universalité trouverait-on dans les gestuelles des peuples ? le ratio doit être très élevé, personne ne l’a encore calculé. Mais il n’y aura pas que des archétypes:  l’observation montre que le regard mutuel, les postures et distances  interpersonnelles, la culture du  toucher, peuvent varier d'une culture à l’autre. Autres pistes montrées par les psychologuistes : les gestes métaphoriques d’abstraction, connectés sur le niveau lexical et syntaxique selon un modèle de représentation typique à une  langue (cf.  les études sur les  métaphores gestuelles du japonais, du turc , de l’anglais…).  Autres traits différentiels,  les gestes emblèmes ( Ekman en dénombre 250 en Israel ) , ou encore les gestes de pointage qui empruntent des formes ethniquement variées.  On observe aussi  selon les cultures des déclinaisons motrices (amplitude , tempo, fluidité,  tonicité, soudaineté, etc) qui peuvent modifier la  connotation du geste reçu par l’individu exogène … voire même le déranger . Pour différentes raisons il semble plus juste de  parler d’interculturalité , terme qui reconnaît la dimension transversale des signes mais sans effacer la richesse des particularités culturelles : les médias visuels s’en chargent déjà avec la mondialisation de l’image et le mimétisme des communicateurs. 

jeudi 23 décembre 2010

Non verbal , empathie et non dit dans la relation médecin patient

La relation entre patient et médecin , est souvent le lieu de projections  inconscientes : asymétrie de la relation ,  représentations floues de son discours expert ,  indices de présence corporelle ambivalents .  Envisageons  quelques aspects de cette relation non pas dans le contexte des soins courants, mais dans des situations où le caractère anxiogène de la maladie amène le patient à amplifier le sens perçu des dits et des non-dits de son médecin . Au delà de l'anxiété  la dépression est fréquente , le transfert vers le médecin peut alterner entre des ressentis positifs ou de désespoir. Sa capacité d’écoute et d’implication est  fortement évaluée par le patient grâce à ce qu'il perçoit des attitudes non verbales . Les signes corporels prennent nécessairement  une place plus importante lorsque l’information verbale est difficile à décoder, ou incomplète (ex : absence des analyses ou radiographies indispensables au diagnostic ). Le malade peut alors en inférer plusieurs voies d'interprétation, ou compenser l'insuffisance d'informations reçue par ses propres impressions induites par le contexte non verbal.


Le regard comme geste de confiance 
Une recherche sur la question (suivre ce lien) souligne l'importance du regard perçu par le patient, en tant que critère d'implication et de présence dans la communication . Les médecins ne sont pas toujours conscients du fait que lorsqu'ils orientent longuement  leur attention visuelle vers le dossier médical ou vers l’ écran d’ordinateur , ceci peut être diversement vécu par le patient. Lorsque ce patient s’efforce de décrire ses symptômes les frappes au clavier peuvent engendrer des interruptions , suivies de tentatives de reprises (je ne sais plus où j'en étais..., donc, je vous disais..) .  Parfois le regard du médecin reste orienté vers son écran même lorsqu’il n’en a plus besoin , la triangulation de la relation par l’ordinateur (dit magic box par des auteurs anglo-saxons) permet éventuellement de  maîtriser temps thérapeutique et parole d'autrui.

Dans une perspective différente, pour ne pas rompre la ligne de communication,  le praticien peut entretenir un contact intermittent , visuel ou acoustique (acquiescement, reformulation) . La médiation de  l’interface ,autrefois signe de compétence,  peut être perçue comme une façon de se dérober à la relation, ou de canaliser la durée de l'entretien .  Les patients répondant à l' étude,  indiquent qu’ils apprécient parmi les  médecins ceux qui sont  expressifs , verbalement et corporellement ; ces patients  ressentent  positivement les hochements de tête , les manifestations de sourire .  L’attention à l’égard des modulations vocales est plus forte que d'ordinaire ; dans l'attente de mots réconfortants , des voix atones ou  monotones peuvent avoir une connotation grave ou  solennelle . Ils disent préfèrer une moindre distance interpersonnelle et le fait que le médecin s'approche ou se  penche vers eux , buste avancé dans l'axe du dialogue plutôt qu'en retrait au fond du siège ou décalé latéralement . Plus ambivalent , le toucher amical est perçu soit comme positif , soit comme surprotecteur  et signe annonciateur d'aléas.

 S'il existe de larges ressources de formation  en matière d'entretien pour des conseillers commerciaux, des travailleurs sociaux ou des enseignants, etc,  les références prétendant guider le médecin dans sa relation interpersonnelle  sont plus rares , de source francophone en tous cas . Un article  de M. Vannotti  montre comment un travail sur les émotions permet au médecin de cadrer la relation autrement , avec une attitude empathique ce qui suppose non seulement des techniques corporelles mais une sensibilité  à la fois authentique et contrôlée , à la souffrance d'autrui .

Aspects non verbaux de l'empathie 
On sait que l’empathie est cette attitude bienveillante d’écoute et de résonance aux affects et à la souffrance d’autrui. Corporellement cela se manifeste  par des hochements de tête, reformulations, régulateurs verbaux d'écoute,  postures en miroir ou synchronie des attitudes , mais les modalités expressives peuvent varier selon le mode d'empathie . Davis distingue un mode plutôt affectif et un mode empathique plutôt cognitif . Dans le premier cas l’individu modélise en partie les émotions de la source (il peut partager par exemple, sa colère contre une injustice) . Dans le second   mode il surmonte  cognitivement cette émotion  .

 Il serait en tous cas intéressant de mieux analyser les aspects non verbaux  de l’empathie ainsi que les perceptions non contrôlées qu’elle peut induire chez un interlocuteur . En effet pour en revenir au contexte médical quelles peuvent être les connotations secondaires dans la tête du patient en cas d'empathie affective  ? Exemple: une apparence "solennelle" dans l'expression du médecin semblera peut être révéler au patient un non-dit  inquiétant .
Face à un patient triste et inquiet , le médecin peut refléter inconsciemment une attitude empathique dans laquelle sera lue une sous-dominante visuelle évoquant légèrement la tristesse. Autrement dit si on replace l'intersubjectivité au milieu du dispositif :
-le médecin fait écho empathiquement à l'expression inquiète du patient  . Il ne s'inquiéte pas dans l'immédiat de son dossier, mais fait légèrement résonnance à l'inquiétude actuelle de son patient (*)
- le patient  décrypte les indices expressifs du médecin (un sourire de compassion) comme pouvant être de mauvais augure à long cours

Figures de l'empathie 
Au dela de la situation soignant-malade abordée ici,  quelles sont finalement, les  figures visuelles de  l'empathie  ?  Question à laquelle sont d’ailleurs confrontés les concepteurs d’agents intelligents conversationnels  pour rendre ces derniers plus communicants. Le paramétrage d’émotion mélangées (Pelachaud & col.)  permet par exemple d'attribuer au haut du visage de l'avatar GRETA  une expression triste et au bas du visage une expression discrète de joie.

Contrairement aux émotions qui ont été codifiées en unités d'actions faciales , l’expression d' empathie n'a guère de représentation canonique. Une piste est offerte par l'iconographie religieuse , qui révèle des images de l'empathie "affective" ou de compassion, continuuum visuel entre un message d'espoir et d' échoisation de la souffrance d' autrui.

Dans les représentations des saints ou de la Vierge,  les traits caractéristiques sont souvent un sourire de très faible intensité auquel sont mêlés quelques formants visuels de la tristesse , avec légère flexion des sourcils,  flexion latérale de la tête . Selon les icônes, la composante visuelle "espoir" peut prédominer sur "écho de la souffrance" ou l'inverse. Et selon nos propres dispositions à l'empathie , sans que nous y pensions nos neurones miroir sont activées par l'expression qui nous fait face  si nous nous laissons aller à la contemplation. Sans doute est-ce aussi une fonction rhétorique de ces oeuvres sacrées ...


* Le corps du récepteur entre en résonance avec celui de l'émetteur et cet analyseur corporel permet d'attribuer à autrui des états mentaux (Cosnier 2008)

jeudi 2 décembre 2010

avatars conversationnels: du robot parlant à l’humanoïde réactif et sensible



Un évènement de fin d'année dans le domaine du motion design  est l'élection du meilleur chaterbot ,  intitulée MissClient 2011 . Il s'agira pour le jury  de départager une vingtaine de robots parlants (dont 3 messieurs seulement  ...)   selon des critères d'ergonomie  mais aussi de présence sociale .  Evènement intéressant car il démontre que ces artefacts  engendrent des impressions de qualité variable en fonction de leurs compétences dialogique et de leur réalisme expressif. Ces questions de qualité communicationnelle  constituent  d’ailleurs un thème de recherche parallèle à la modélisation des avatars intelligents, dont on mesure parfois les effets cognitifs et sociaux.



Rappelons que depuis une dizaine d’années les études scientifiques sur le non verbal sont fortement  (et financièrement) déterminées par un axe qui a encore un bel avenir , celui de la conception d’avatars conversationnels. Ces recherches sont importantes pour la connaissance du geste humain car elles permettent à des experts en CNV de collaborer avec des spécialistes d’intelligence artificielle . De telles synergies restimulent régulièrement les réflexions et théories dans le champ de l’expression des gestes et des émotions. Elles ouvrent vers des questionnements originaux tels que  : comment modéliser sur un visage des émotions mélangées. Par exemple joie + déception (nous pouvons ressentir simultanément des inclinations différentes devant tel évènement, ou être amenés socialement à masquer une émotion par une autre ).


Des machines à dialoguer… et à négocier

Souvent utilisés comme métaphore d'une hôtesse d'accueil, d'un formateur , d'un guide... les agents virtuels sont théoriquement capables de comprendre le langage écrit et d’engager le dialogue en temps réel avec un être humain . L’internaute qui visite un site, entend soudain un « bonjour ! »  venu d’un coin de l’écran ( ce qui parfois peut faire sursauter ) puis voit s’afficher une créature  aguichante qui met discrètement le pied dans la porte: " puis-je vous aider ?"   L'utilisateur peut ou non accepter le dialogue, souvent l'avatar est chahuté ou on teste ses connaissances.
Petit exemple d’un chatbot volubile , qui n’appartient pas à la catégorie des agents émotionnels autonomes, mais a un certain sens de la réplique  (relativement à ses concurrents) :
http://www.jeanneton.blueinfos.com/

A minima l’effet de curiosité permet donc au personnage d'engager le dialogue,   de manière semi-directive:  certains prototypes sont dotés de procédures de négociation héritées des théories des actes de langage, et sous-tendues par des arbres de décision qui se resserrent progressivement vers des actions incitatives .  En clair, le premier objectif de l’agent virtuel sur un site commercial est d'éviter l’abandon du panier.

Mais ces personnages ludiques sont ils systématiquement acceptés ?  Avant  d'examiner plus loin les perceptions de leur gestuelle , se pose le problème de leur utilisabilité. En raison de leurs  compétences sémantiques parfois décevantes , ils peuvent agacer l’utilisateur lorsqu’ils bloquent devant une question simple ou répondent « je ne vous comprends pas, je suis jeune stagiaire ». Frustration compréhensible car ils  sont conçus pour gérer des requêtes en langage naturel et ne devraient pas lui demander plus de temps qu’une requête menée sur  un moteur . La présence d'un tel avatar est-elle alors justifiée sur le portail d'accueil ? Autrement dit s'agit-il d'afficher un faire-valoir communicationnel , ou bien de privilégier la pertinence en  recherche d'information ? 


Les agents conversationnels animés , une sémiologie des effets produits

Un autre objectif des concepteurs est le réalisme de l’ expression corporelle  . Ceci est alors le domaine des Agents conversationnels animés (ACA)  à côté desquels les chatbots , plutôt forts en verbe, font figure de "cartoon" basique.  L’ apparence humaine des ACA est toujours contrôlée par le programme même lorsqu’ils sont silencieux , à l’écoute : posture , mouvements de tête légèrement animés, clignements…  Ensuite les séquences de gestes doivent s’enchainer de manière cohérente et non discontinue afin de  ne  pas desservir la parole mais l’illustrer , et exercer une  redondance visuelle pour capter l’attention .  Certaines catégories gestuelles sont plus  complexes à modéliser que d’autres : les pointeurs directionnels, clignements des yeux, gestes de repos et autocentrés, mouvements de tête, soulèvent moins de problèmes que la connexion d’un geste métaphorique avec le mot  qu’il doit illustrer (mais certains agents savent faire) .

Autre type d'enjeu, synchroniser  sur les pics d’intonation,  les gestes prosodiques adéquats.  On évalue à ce genre de problème la difficulté de modéliser le pathos et la vibration infime qui font la trame sensible de la parole humaine.  En contrepartie certains ACA révèlent des émotions « robustes » au niveau du visage  : les unités faciales peuvent être très finement paramétrées grâce à des modèles de logique floue .  Un sourire franc saura être  modélisé différemment d’un sourire de politesse ou d’embarras (par sa symétrie, intensité...) . En outre lors d’une émotion toutes les unités faciales caractéristiques de celle-ci ne sont pas activées avec la même intensité au même moment  car c'est un continuum (ex degrés de froncement du sourcil , ouverture de la bouche ) : des graphes  permettent de visualiser les pourcentages paramétriques de l’émotion dans son déroulement temporel pour extraire de cette segmentation en micro-expressions, le pattern le plus typique .

Puis n'oublions pas dans le ressenti relationnel , que la voix d'un tel personnage va rapidement « sauter aux oreilles» : une  voix synthétisée avec une fréquence fondamentale constante, est perçue comme artificielle , métallique, et fait encore plus  ‘robot’  lorsque l'articulation des lèvres suscite une perception désynchronisée. .

Le regard  , enfin, est un paramètre d’impression très élevé . Parvenir à restituer une expression des yeux 100% naturelle de la part d’une créature synthétique relèverait  du prodige . Le regard de certains avatars dégage des impressions d’étrangeté, de « regard fixe, vide, hagard, vague … »  . La représentation graphique de la pupille , sa taille , sa motilité,  modifient fortement les perceptions. Autres impressions à contrôler: la programmation directionnelle de ce regard peut induire l’impression qu’il est trop insistant ( regard frontal trop prolongé) ou à l’inverse fuyant (oblique, vers le bas…)
 


L'analyse fine des connotations de toutes ces variables expressives devrait être idéalement, toujours menée en parallèle de la conception. Le réalisme  du paraverbal est un élément important pour que fonctionne l’interactivité entre l’ACA et l’utilisateur .


A ce sujet un nouveau prototype , Sensitive Artificial Listener a pour objectif de modéliser fidèlement l'interaction  avec l'humain (ce qui est autrement complexe que de répondre à des frappes de clavier). Il devra être capable d’interpréter les signes émotionnels fournis par l’utilisateur via une webcam intelligente (voix, regard, visage...) afin d’adapter son propre comportement et d’entretenir le plus naturellement  une synchronie dans le dialogue. Un objectif ambitieux, qui commence à révéler des résultats.  Pour en savoir plus:  :http://www.semaine-project.eu/






lundi 15 novembre 2010

Damasio et ses « nouvelles cartes du cerveau » , une interview en ligne

Une interview intéressante à écouter en ligne, est celle d'Antonio Damasio qui permet d'appréhender ses récentes découvertes du côté des fondements biologiques ou corporels de la conscience et des émotions . Il s'agit en effet de son dernier ouvrage "L'autre moi-même -nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions "(éd. Odile Jacob) présenté au cours de cette émission : http://www.universcience.fr/fr/conferences-du-college/programme/c/1248111427568/-/p/1248108924842/

Puis pour poursuivre la réflexion, ce point de vue critique de Jean Marie Lacrosse qui émet que l’expérimentation en neurophénoménologie , quelle que soit la présomption de pertinence absolue qui l’entoure, ne peut tout régler de la discussion autour des théories de l'esprit :
http://ceppecs.blogspot.com/2009/05/lerreur-de-damasio.html

Point de vue qui nous ramène à cette inclination parfois du neurocognitivisme à trouver insolite ou obsolète tout ce qui relève de l’inter-phénomène : intersubjectivité, interaction, émotion, interlocution, inter-personnel, expression, médiation, communication …
On relira à cet égard l’ouvrage agréablement argumenté de Jacques Cosnier *, qui commente l’origine de la « révolution » cognitiviste, née pour partie du crach du behaviorisme ayant ouvert en grand la boite noire du mentalisme . Epoque où l’émergence de l’intelligence artificielle, des méthodes high tech d’exploration du cerveau etc, semblaient impliquer pour certains , de regarder avec condescendance l’observation naturelle ou de terrain . Pour Cosnier il ne s’agit pas d’opposer l’inter -individuel de "l’intra" , dont il étaye de part et d’autre la pertinence, mais de proposer que « ni les neurosciences, ni les sciences cliniques, ni les sciences sociales ne peuvent répondre à tout ».

*http://www.decitre.fr/livres/LE-RETOUR-DE-PSYCHE.aspx/9782220042299

mercredi 3 novembre 2010

l'entretien de recrutement sur second life , des modalités de communication plus discriminatoires ?


De plus en plus de sociétés relevant des “ grands comptes ” achètent des îles sur Second Life (SL) pour y implanter des pavillons de recrutement et procéder à des pré-sélections de candidats à des postes de haut niveau . Sur le plan des interactions cette forme de communication désincarnée redistribue bon nombre de paramètres . Rappelons que dans l’interface SL les utilisateurs utilisent un avatar animé qui est leur représentation graphique, et dont ils définissent l’apparence: âge, sexe, couleur, vêtements, bijoux, tatouages … Cet avatar peut être le plus fidèle possible à l'identité de l'internaute ou lui permettre à l'inverse de se créer une tout autre personnalité (par exemple taille, musculature, apparence ethnique... ).

L’entretien peut être individuel ou, afin de tester l’adaptation du candidat au groupe, se présenter comme une parodie des classiques entretiens collectifs. Il regroupe alors des candidats sans limite géographique ou de frontière , ce qui reproduit des commodités de la vidéoconférence (pas de frais ni de stress liés au déplacement). Un tel entretien débute avec l'arrivée de chaque candidat qui est invité a occuper un siège libre autour de la table.

Théoriquement Second Life permet à chacun de dialoguer soit par la parole, soit sous forme de dialogue au clavier (chat). Le problème des échanges oraux est que comme les utilisateurs ne se voient pas réellement (et comme leur avatar ne lève pas le doigt pour prendre la parole...), la cacophonie l’emporte généralement au niveau des tours de parole (cf. post sur ce blog du 13 avril 2009) . L’échange par chat permet une meilleure discipline des échanges. Les messages de chaque intervenant sont archivés avec son accord , ce qui permet des comparaisons de candidats a posteriori.

Intérêt de cette interface ? Pour des entretiens de groupe SL permet, par rapport a un chat classique, de pouvoir échanger dans un lieu virtuellement visualisable ce qui suggère aux candidats le sentiment d’“ être ici et ensemble ” . Pour sa part le recruteur peut organiser à sa manière les paramètres de son entretien , il peut simuler une tache en situation, lancer un jeu de rôle entre candidats ou serious game , tester leur réaction en situation d’urgence, les déplacer vers certains lieux stratégiques.. Sur le plan ergonomique, l’univers SL permet au candidat, à distance , de manipuler des objets en 3 dimensions , notamment s’il postule à un emploi d'ingénieur, graphiste, designer, paysagiste .

Mais que peut on penser des modalités de communication en dehors des a priori technophobes ou technophiles?
Les chasseurs de tête sur SL défendent que lors des entretiens collectifs les candidats se révèlent mieux sous leur vrai jour en raison de l’anonymat que leur offre l’avatar, alors qu’en temps ordinaire ils peuvent s’autocensurer (biais de désirabilité sociale ). On "se lâche" donc plus facilement déguisé en personnage fantasmatique que si on était encravaté pour un véritable entretien. Ce contexte crée une proximité assez inattendue entre le recruteur et le candidat postulant, il entretient le sentiment un peu empathique de partager une même expérience ludique et immersive . Avantage : une moins grande asymétrie des rôles, inconvénient: une baisse de l'autocontrôle qui peut conduire à lâcher des informations irréfléchies.

Compte tenu de la difficulté de converser à plusieurs par micro, l'écriture par chat se substitue donc à l'expression multimodale , qui en temps normal intègre: le contenu verbal, les composantes vocales, les impressions corporelles, les regards.... Le candidat n'a donc pas à se préoccuper de son élocution, exit le stress du face à face . Sur le plan interactif, l'écrit est plus asynchrone que la voix et offre davantage de temps pour la réflexion " ce qui neutralise les réactions spontanées" regrettent des DRH. Le niveau de langage est plus familier qu'en entretien réel, il tolère les abréviations , les phrases courtes ou nominales, .... Donc des habiletés expressives qui avantageront certains mais ne conviendront pas forcément aux candidats charismatiques à l'oral: il n'y a plus de feed back visuel corporel, l'incarnation vocale est absente, les émotions sont remplacées par des expressions faciales très basiques des avatars , ou par des smileys.

Souvent les chasseurs de tête estiment que ces nouveaux syles de recrutement occultent tous les indices de présentation , de gestuelle et d'expression caractérologique qui permettent d'évaluer l'épaisseur humaine, les affects du candidat. On cite volontiers le fait que le paraverbal recèlerait 70% du sens (en s'appuyant sur cette célèbre et bien réductrice extrapolation d'une expérience de Merhabian ... )
Mais soyons juste: le décodage à outrance du "langage corporel" comporte aussi quelque chose de normatif qui fait la part belle aux intuitions de l'évaluateur . Intuitions et projections trop souvent au détriment de la valeur intrinsèque du candidat, de son CV et des commentaires qu'il formule pendant que son apparence et ses infimes réactions sont scannées au grand complet...

Difficile en contrepartie de plaider que le postulant se révèlerait sous sa véritable identité par l'entremise de cette métaphore corporelle sensoriellement limitée qu'est l'avatar (quid de la richesse du contact humain?)

Pas facile en résumé, de jeter un jugement définitif sur ces plates formes de recrutement 'high tech' qui peuvent faire le succès des uns , alors que les autres reviendront à la case départ ... mais auront pu s'entrainer sans bourse délier .

mardi 28 septembre 2010

Micro-indices: garder un oeil sur le comportement oculaire


Revenons sur quelques études relatives aux mouvements de yeux. On sait qu’en psychologie des interactions le contact du regard est un indice qui reflète l'attention portée à l'interlocuteur, mais aussi un signal subtil dans la rotation des tours de parole . Autre trace comportementale du regard, celle de la charge cognitive. Les indices de travail mental procurés alors par les yeux sont très multimodaux : à la variation du diamètre pupillaire s’ajoute le clignement des yeux, les micro- et macro- mouvements oculaires . Ces différents « gestes de l'œil » peuvent être mesurés fidèlement par de l'eye tracking et trouvent leur origine selon leur espèce dans une trentaine de régions différentes du cerveau.

Desengagement visuel

Pour illustrer cette notion : une étude du MIT a consisté à caractériser formellement trois types de regard , afin que des avatars virtuels puissent les reconnaître en dialoguant avec des humains: regard de contact vers l'interlocuteur , regard déictique pour pointer vers une personne ou un objet, et enfin regard détourné ( averted gaze) . Ce dernier type de regard est non directionnel mais plutôt diffus, peu intentionnel , il survient typiquement lorsque on interrompt l'interaction.

En psychologie cognitive il a été montré que cette modalité de regard , averted gaze, permet un désengagement attentionnel de l'information visuelle présente , ou de l'interaction , en faveur de la tâche. Glenberg suggère que le retrait du regard, en aidant la personne à se désengager des stimulations du champ visuel immédiat, peut améliorer l'efficacité du travail mental.

Spécialiste du stress des leaders politiques , le psychologue américain Tecce mesure la charge cognitive des orateurs (Obama, Clinton, …) selon plusieurs critères tels que le clignement mais aussi le nombre de fois où le regard glisse vers le bas .

Déviation saccadique

On sait que pendant des phases d’intensité de travail mental, les trajectoires oculaires sont plus instables . Elles peuvent être activées par l'imagerie et l'évocation en mémoire d'objets absents lors de la construction d'image mentales. Ces mouvements ont la forme de fixations oculaires , parfois de même structure spatiale que l’objet imaginé. Autre chose est le phénomène plus « sporadique », de déviation saccadique .

Les saccades sont des mouvements très brefs (20 ms minimum) effectués par l’œil entre deux fixations (points de transition ou d’arrêt de l’œil). On parle de déviations saccadiques à propos de mouvements de plus large amplitude qui n'ont rien à voir avec les fixations du regard, mais surviennent environ 0.5 s. après la mobilisation mentale. Ces indices intéressent classiquement les cliniciens, mais des études sur le sujet normal montrent leur corrélation avec la recherche d’attention .

Variation pupillaire

Un large aperçu des recherches autour de cet indice est proposée dans notre article de juin . Phénomène curieux, il existe une reconnaissance à un niveau non conscient, de la variation pupillaire d’autrui. C’est ce que montre une analyse par IRM faite à l’université de Darmouth sur des sujets à qui on présentait des photos de visages avec pupille contractée ou dilatée. La trace observée par IRM montrait bien une sensibilité de l'amygdale à la taille de la pupille d’autrui , bien que les sujets n’aient pas déclaré avoir discriminé deux tailles de pupille . Les effets de cette perception infra-consciente ne sont pas analysés dans l'immédiat . On sait néanmoins que le siège cortical de cette reconnaissance visuelle est le même que celui qui commande la dilatation/ contriction de la pupille d'un individu.


Clignement des yeux

Diverses études ont montré qu'un leader politique clignait jusqu'à 2 fois plus des paupières face à une caméra de presse , qu'en situation habituelle. Et lorsqu’un problème plus sensible est abordé au cours de l’interview, la fréquence de battements est plus forte. La différence entre orateurs peut être élevée, lors d’un débat Obama révélait  67 battements minute contre 112 pour Mc Cain . La mesure des moments de "charge cognitive" doit être intra-individuelle puisque la différence entre deux personnes peut être élevée a priori.



En laboratoire le battement de paupière et la dilatation de pupille sont deux indices apportant des informations complémentaires mais non redondantes. Une seule étude a permis de récupérer simultanément les deux indices lors de taches de calcul mental, et de différencier ainsi les propriétés de ces indices. Elle montre que le clignement se manifeste souvent en anticipation de l’effort cognitif , puis après cet effort (comme une sorte de récupération) . Comparativement la contriction/dilatation pupillaire  est décalée d'un léger délai (une demi seconde ) par rapport au stimulus déclencheur .

Le clignement des yeux révèle des particularités que ne partage pas la variation pupillaire, ainsi le clignement sera facilement activé par l'anxiété .

Au regard de tous ces indices oculaires, particulièrement intéressant est le cas du mensonge , car ils peuvent tous entrer en scène: clignements , détournement de regard vers le bas ou latéral, diamètre pupillaire (si le mensonge sollicite un surcontrôle) , microsaccades inconscientes (crainte d’être démystifié). Indices auxquels s’ajoutent des micro-expressions faciales mais aussi des battements de doigts, de pieds et autres gestes autocentrés.
références 

Abadi, RV, Characteristics of saccadic intrusions. Vision Research 44/23,  2004, 2675-2690
Tokuda, S, Using saccadic eye movements to measure mental workload .  Journal of Vision.  2008 8(17): 86; doi:10.1167/8.17.86
Siegle, G & al .Blink before and after you think: Blinks occur prior to and following cognitive load ndexed by pupillary responses.. Psychophysiology, 45 (2008), 679–687.
Glenberg, A. M. & al. Averting the gaze disengages the environment and facilitates remembering.  Vol 26(4), Jul 1998. pp. 651-658.
Recognizing Gaze Aversion Gestures in Embodied Conversational Discourse ; http://groups.csail.mit.edu/vision/vip/papers/morency_icmi06.pdf
Lorenceau, J.,  Pupille & Cognition: une brève revue & des données récentes.
http://reseau.risc.cnrs.fr/fichiers/affi_fichier.php?ID=8
Demos KE , Human amygdala sensitivity to the pupil size of others.  Cereb Cortex. 2008 Dec;18(12):2729-34. Epub 2008 Mar 27.

mardi 31 août 2010

Charisme , discours politique et CNV

Plusieurs posts sur ce blog ont été consacrés à la place du geste dans la communication politique . Une conférence internationale autour de ce thème passionnant (mais peu analysé en tant que tel) se tiendra les 11 et 12 novembre à l'université de Rome . Parmi les thèmes de l'appel à projet on retrouve les questions suivantes :

Y at-il des signaux corporels typiques du discours politique , et plus généralement des signaux dotés d'intentions spécifique de persuasion , et suivis d'effets de persuasion ?
Relève-t-on des contours intonatifs , ou marques de la prosodie vocale qui seraient typiques de l'argumentation ?
Quels sont les signaux acoustiques et visuels liés aux émotions et aux impressions dans le discours politique?
Peut-on formaliser le "charisme" d'un orateur , et où sont les indices de charisme dans le discours politique?
Quelles sont les différences entre le discours politique et d'autres types de discours persuasif , entre le discours et le débat , entre un échange idéologique privé et le discours public ?
Est-ce que des systèmes automatiques seraient capables de reconnaître et interpréter les signaux d' accord et de désaccord , des indices de dominance, d'intention persuasive, de manipulation ?

Le comité d'organisation est présidé notamment par Isabella Poggi. Le texte de l'appel et les modalités de participation peuvent être consultées ici.
http://sspnet.eu/2010/05/political-speech-il-parlo-politico/

lundi 9 août 2010

Interactions et intelligence artificielle

Jacques Cosnier nous communique les coordonnées de l'appel à communications pour la prochaine conférence sur l'Affective Computing et les interactions liées à l'intelligence artificielle (ACII 2011)

Cette conférence qui se tient tous les deux ans, est le carrefour scientifique de référence des chercheurs qui étudient les modèles des émotions et phénomènes affectifs applicables dans des systèmes artificiels (interaction homme -robot , synthèse de la parole , modélisation de la vision, agents conversationnels, serious games, etc)

lundi 14 juin 2010

Un indice non verbal original, la variation pupillaire: évolution des recherches


Parmi les indices non verbaux relativement méconnus , le comportement de l'oeil et spécialement de la taille de la pupille mérite un petit détour. Certains chercheurs restent assez sceptiques à propos des qualités indicielles de la pupille , peut être en raison de l'aspect 'stimulus-réponse’ d'études marketing orientées sur la motivation sensorielle . Celles-ci proposent que l'oeil peut réagir subtilement à des stimuli sonores ou visuels; les tests ont par exemple consisté à faire écouter des cris d'enfants ou des musiques différentes à des sujets , à leur présenter des photos de plats appétissants, de personnes appréciées ou détestées , de scènes macabres, des œuvres d'art ,etc. Un aspect controversé est d'envisager que les affects agréables déclencheraient une dilatation et les affects désagréables une contraction (Hess & Polt 1964). Dans d'autres cas l'expérience négligeait le fait que l'intensité lumineuse ou colorimétrique d'une diapositive peut exercer un biais sur la variation pupillaire.

Actuellement un corpus considérable de travaux est disponible qui permet de revisiter les expériences des années 80, assisté par des méthodes de mesures sophistiquées telles que le pistage oculaire et particulièrement orienté autour de la notion d'effort cognitif . Dans le domaine linguistique, on a pu observer que la réponse pupillaire était différente selon que le sujet décodait des mots concrets ou abstraits. Beattie (1982) observait que les constructions complexes engendrent une dilatation de la pupilles . Lors de tests de traduction lexicale Honya et al (1995) constatent que les mots les plus difficiles à traduire induisent la même réaction . Le simple fait de s'exprimer dans une langue étrangère, engendre (sauf maitrise linguistique parfaite) le même phénomène .

Une grande variété de tests menés suggèrent que la discontinuité de la taille de la pupille reflète des niveaux d'intensité de traitement de l'information lors de taches de résolution de problèmes, de calcul, de tri, de partage d'attention et complexité . Bailey et Iqbal (2008) ont décomposé l'intensité du phénomène en fonction de la hiérarchie de tâches et sous-taches bureautiques . Oliveira et Russell (2009) rapportent que la pupille se dilate lorsque des internautes découvrent une information pertinente (valeur informationnelle du stimulus élevée) . Hypothèse un peu similaire dans l'expérience de Min Jeong Kang (2008), qui remarque cette même réponse physiologique lorsque des sujets attendent impatiemment la bonne réponse en jouant à à un quiz . Un autre chercheur, Muldner ('2009) utilise d'ailleurs l'indice pupillaire comme indicateur de motivation et satisfaction en apprentissage à distance . Une série d'études avec de l'eye tracking montrent la possibilité d'intégrer l'indice dans un ensemble plus étendu de paramètres relatifs aux mouvements des yeux et plus classiquement étudiés tels que les saccades oculaires , la direction des rotations de l'oeil , la fréquence des clignements , l'abaissement de la paupière supérieure . La mesure de charge cognitive reflétée dans les indices oculaires , permet de décomposer la répartition d'attention . Lors de simulations de conduite , Palinko (2010) remarque que quand le pilote discute en même temps qu'il conduit , la pupille marque des pics d'amplitude au moment du processus de recherche des mots (effort sémantique) .


Une autre voie qu'il serait intéressant d'approfondir est l'apport de l'indice pupillaire à l'intérieur du faisceau de signes corporels et vocaux alloués à la détection du mensonge . Pour mentionner une seule étude Webb & al (2009) ont élaboré l'expérience originale suivante : les sujets avaient reçu comme instruction de voler une petite somme dans le sac à main d'un secrétaire, et de profiter du crédit de connexion d'une ne leur appartenant pas. Ensuite ils devaient essuyer un questionnaire, et on leur promettait une prime s'ils parvenaient à être crédibles , étant prévenus du fait que s'ils voulaient apparaitre de bonne foi il vaudrait mieux répondre le plus rapidement et précisément possible.. . Ainsi placés "sous pression" les sujets révélaient à l'eye tracking des variations d'amplitude pupillaire significatives.



Que pensent de tout ceci les neuropsychologues ? Par l'intermédiaire de l'indice TEPR (task-evoked pupillary response) ils relient cette réaction physiologique au fonctionnement du locus coreulus (région cérébrale ayant partie liée avec le "stress"(Gilzenrat 2003) . De nombreux travaux ont été menés sur des sujets cliniques , on sait également que la a pupille se dilate en réponse à des situations émotionnelles telles que la prise de drogues, de médicaments, la peur, la douleur ... Certaines mesures (Just 1996) ont montré des corrélations entre le TEPR et l'indice PET (imagerie cérébrale) lors de l'activation des structures linguistiques du cerveau (aires de Broca et Wernicke) . D'autres expériences ont montré des liaisons entre le TEPR et des indices comme le rythme cardiaque ou encore la conductivité de la peau, ainsi LIN ( 2008 ) a étudié les réactions pupillaires à un jeu vidéo . Egalement Siegle (2003) a compare les temps de dilatation pupillaire avec celui du signal IRM dans le gyrus frontal moyen lors d'une tache de calcul mental. La variation pupillaire est néanmoins assez complexe à mesurer car elle procède d'un délai plus élevé de réponse au signal (quelques millisecondes) que d'autres indices physiologiques . A noter que cette réaction de constriction/dilatation est de l'ordre de quelques dixièmes de millimètres, donc observable en laboratoire .

Une conférence très intéressante s'est tenue récemment sur le thème Eye tracking Emotion-Arousal - Pupil Dilatation (Uppsala, 27,28 mai 2010) . Les résultats de recherche montrent notamment, que la variation pupillaire relève d'une sémiologie corporelle constatable dès la petite enfance. Dans une étude des nourrissons de 4 mois et davantage, réagissaient à la pupillométrie lorsqu'on approchait de leur bouche une cuillerée alimentaire . Dans une autre expérience on présentait des clips d'acteurs manifestant des émotions, et on obtenait des dilatations pupillaires de la part des nourrirons âgés de 14 mois minimum... . Le prochain évènement scientifique sur ce sujet est la conférence qui aura lieu les 14 et 15 octobre à Lisbonne sur le thème: Eye tracking, Visual Cognition and Emotion. Tous ces travaux sont à suivre avec intérêt, ils participent d'approches originales dans le champ de la communication non verbale et multimodale qui questionnent les fonctionnements cognitifs, mais rompent un petit peu avec les approches de type robot .

Quelques références (lien)